Born in 1981

Lives and works in Tours, France

2006 : DNSEP, ENSBA, Paris, France

2005 : Xi’an Academy of Fine Arts, Xi’an, Chine

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2010 : Prix Canson, France

2007 : Prix Keskar de la Fondation de France, France

2006 : Prix de dessin Diamond, France

2003 : Prix de dessin David-Weill, France

 

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Collection : Fondation d’art contemporain Daniel et Florence Guerlain, Paris, France

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Vol de jour

 

Cela fait longtemps que l'habitude est prise. De loin en loin, Fabien Mérelle nous livre sa vision du monde, une interprétation du monde des grands qui souvent relèverait du cauchemar plus que du rêve, même si son dessin, toujours précis et fouillé, semble de nature à apporter la paix. Depuis peu, le personnage que nous voyons agir n'est plus seul. Il ne se débat plus au milieu des éléments, n'est plus continuellement aux prises avec des obstacles démesurés. Non, tel Nils Holgersson désormais, il vole avec les oies sauvages. C’est aussi que la famille s’est agrandie et il nous est précieux de voir ce personnage peu à peu inscrire les événements mythiques sur la page, sans démêler le vrai du faux, car, de tout cet univers, ce qui nous parle le plus directement est justement ce qui a trait à l’enfance. Peu importe alors que cette enfance soit l’actuelle, quand l’artiste la contemple de son œil d’adulte et de père, ou qu’elle soit passée, métamorphosée et recomposée par ce que nous appelons l’imagination. C’est un grand jeu qui s’ouvre devant nous, un jeu sérieux où, parfois, au sommet d’un arbre, le double de l’artiste guette ce qui vient au loin. Il ne se détourne pas facilement de sa position de guetteur, lui qui est toujours en alerte, récapitulant dans une tête qui n’arrête pas de tourner – mais qui tourne rond en dépit des obstacles figurés – les mille accidents que lui promet son destin de Sisyphe. Un jour l’arbre s’est déraciné et nous l’avons vu au sol, ce n’était déjà plus un arbre, mais l’artiste lui-même sortant du tronc, les jambes encore gainées d’écorce, prolongées par des racines. L’extraction avait dû être difficile… à moins que nous aussi ayons rêvé.

 

Nous sommes impatients de connaître la suite de l’histoire – comment dire ? Les suites plutôt, car l’histoire n’est pas une, elle est faite de mille petits faits, certains fantastiques et d’autres très réels, qu’un cerveau unique réunit – et encore pas à tout moment. Nous aussi, comme lui, nous sommes plusieurs à nous inquiéter de l’infini récit qu’il a la bonté de nous livrer, lentement, au rythme de la main, à mesure qu’une exposition chasse l’autre et rend ainsi notre souvenir plus diffus, plus cotonneux (quand le trait, lui, est précis, tout juste ombré par le lavis). En lui se rassemble un grand nombre ; et de notre côté, avant tout, nous sommes deux à le voir… Quand, entre nous, nous parlons de Fabien Mérelle, il arrive que la figure que nous évoquons se transforme à nouveau en son double au point de ne plus savoir de quel Fabien nous parlons. Comment vit-il ce moi multiple ? Sans doute aussi simplement qu’il voit ce qu’il dessine – alors que le passage au trait et à la couleur ne sont pas pour lui chose aisée. On rêve et on se voit flotter en l’air ou marcher sur d’interminables rochers, ou protéger sa famille d’un danger qui guette, ou préparer une sortie en mer quand celle-ci est calme et que le ciel est au beau fixe. Le dessin sert à fixer. Pas seulement une impression, comme l’histoire de l’art nous l’enseigne ; non, plutôt un motif, une injonction soudaine à se projeter ou . Il en va du devenir de ces dessins – et parfois de la forme sculptée qui les accompagne – comme de celui de nos rêves : si on les note, ils demeurent, mais à peine sont-ils notés qu’ils ont perdu la matrice qui les mettait en branle ; ce qui s’animait s’immobilise. Alors, pour se remettre en mouvement, il n’y a qu’une chose à faire… dessiner, rêver à nouveau.

 

Je crois que cette aventure va nous emmener tous de plus en plus loin, et que, semblables au garçon du conte guidé par les oiseaux – à moins que nous ne soyons oiseaux nous-mêmes – nous allons peu à peu découvrir de nouvelles terres, de nouveaux cieux sans lesquels nous avions vécu jusqu’ici et qu’il nous sera impossible désormais d’ignorer. La parenté avec le processus du rêve se verrait là, peut-être : cette image fugace, qu’elle soit tableau ou bien séquence, quasi cinématographique, nous échappe sans cesse. L’habitude prise de les noter n’annule pas la motilité des rêves, car en les fixant comme sur un support sensible, nous n’arrêtons pas la série : nous en générons une nouvelle, une ou plusieurs. De chaque nouveau dessin découle une longue suite de situations que le premier a provoquée. Et nous suivons, avec l’artiste. C’est lui qui nous guide, de sa vigie faite oiseau. Frère Fabien, que vois-tu donc ? À nous d’attendre désormais que l’horizon s’ouvre – et nous verrons. Et ce que nous voyons est beau, de cela nous sommes sûrs, avant de l’avoir vu.

 

François Michaud

conservateur au musée d’Art moderne de la Ville de Paris

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